Notre Eglise





Introduction

L'église située dans le village a été reconstruite aux XV-XVIème siècles. Elle succède à un lieu de culte plus ancien, comme l'atteste la découverte, en 1823, de sarcophages à logette céphalique, utilisés depuis l'époque carolingienne jusqu'à la période romane. L'église devient paroissiale après 1539, à l'issue du démenbrement de la paroisse de Saint-Hippolyte. L'église paroissiale, précédée d'un clocher porche, est érigée à l'emplacement d'une chapelle romane. Elle est dédiée à Saint Blaise. De style gothique composite, elle abrite pourtant un mobilier d'art sacré. Un Saint Eloi et un Saint Roch, en bois polychrome datant du XVIIème siècle, une curieuse vierge noire en bronze du XVème siècle, classèe (dite Notre-Dame d'Apchon), et surtout quatre retables en bois doré dont le plus grand, le "retable majeur", a dû être exécuté par le maître doreur Noël verdier, natif d'Apchon.


Maquette réalisé par Casses Jean-Jacques.
L'architecture extérieure

♦ Le chevet (début du XIIème) est vouté en cul-de-for évasé. Il est éclairé par une baie latérale romane pratiquée dans le mur.

♦ La nef et les quatre chapelles datent du XVème siècle.

♦ Le porche à deux étages est voûté d'ogives. On y pénètre sous une arcature plein cintre supportant le clocher carré à deux étages surmonté d'une flèche octogonale et percé de huit baies.

♦ La porte (XVIème) comporte des voussures surbaissées formées de deux tores et de deux gorges reposant sur des bases prismatiques.

L'interieur

♦ Le choeur (vraisemblablement d'époque romane) devait, à l'origine, constituer la chapelle du château. Les quatre chapelles latérales voûtées en berceau sont éclairées par des baies ogivales.

♦ Le retable du maître-autel (1710), sculté en plein bois. Les feuillages, d'une étonnante vigueur, se détachent avec une parfaite netteté et la coquille n'est pas encore déformée. Au centre, l'artisan a représenté l'Annonciation. De chaque côté, des colonnes torses, surmontées de chapiteaux corinthiens ornés de feuillages, de pampres et de grappes de raisin. Elles supportent un entablement décoré au centre d'une arcature plein cintre. Au-dessus, dans un édicule, Dieu le Père qui tient dans sa main gauche le globe terrestre surmonté d'une croix. A droite et à gauche, dans deux cartouches supportés par des anges et surmontés d'une fleur de lys, s'inscrit la maxime: "Approchez-vous de Dieu par la pénitence, il s'approchera de vous par sa miséricorde".

♦ Trois autre retables, très beaux eux aussi ornent les chapelles latérales. A droite: la magnifique "Fuite en Egypte". A remarquer les costumes et la simplicité familiale et douloureuse de la scène. A gauche: Saint Jean-Baptiste et la vierge à l'enfant entourant Saint Joseph. Enfin à gauche et vers l'entrée: un retable d'un style moins pur que les autres, mais de la même époque. Celui de la première chapelle de droite est récent.

♦ Cet ensemble, dont le travail extraordinaire d'harmonie et de beauté, a défié le temps fut restauré par les Beaux-Arts en 1974/75

Les Statues

♦ Vierge à l'enfant (XVème). Injustement nommée Vierge noire (à cause de sa couleur), cette statue de bronze est rare par sa dimension (1,05m).

♦ Saint Roch et Saint Eloi sont des statues polychromes du XVIIème. Elles sont actuellement en cours de classement. La statue de la Vierge à l'enfant a été classée monument historique en 1957 et a été exposée à Aurillac en 1959.

♦ Ange Cette statue est non protégé(classement)

♦ Vierge de l'immaculée Conception (XIXème siècle ?) Cette statue est non protégé(classement)





Réflexions sur les mystères de l'èglise Saint-Blaise d'Apchon

Ayant découvert aujourd'hui par hazard une réédition de Dictionnaire Statique du Cantal, daté de 1824, par M.de Ribier du châtelet, j'y ai trouvé des informations qui donnent à réfléchir...

D'abort, dans la "Charte de Clovis" au Xème siècle, "il est fais mention du fort d'Apchon, Apione et non de l'église"... Mais dès le XIème siècle, on a sans doute enterré des seigneurs à l'emplacement de la future chapelle romane du XIIème siècle - puisqu'on a retrouvé sous son pavement, à la fin du XIXème siècle, deux sarcophages en pierre: cités par un "Guide Hachette" de cette époque, ils ont été classés en 1908 "monuments historiques du XIème", et on ne sait pas ce qu'ils sont devenus!

Mais ce qui me parâit encore plus étonnant, c'est la description que donne de notre église ce M. de Ribier, "correspondant de la Société Royale des Antiquaire de France" en 1824... Voici tout se qu'il en dit: " L'extrême largeur de l'église d'Apchon, dédiée à Saint-Blaise, rend ses dimensions irrégulières. Il n'y a rien de remarquable". Comment comprendre l'absence totale d'allusions à sa Vierge Noire gothique du XVème siècle, "Notre-Dame d'Apchon", et à ses merveilleux retables dorés, du XVIIème siècle?

Il est vrai qu'aujourd'hui encore, cette église reste ignorée: malgré tous les efforts que j'ai faits depuis 1991¹, pour interpréter ses chefs-d'oeuvre et les dévoiler au public, d'abord par des articles publiés dans la presse locale, puis par de nombreux textes imprimés ou photocopiés, et des cartes postales réalisées d'après mes photos personnelles (tous ces documents proposés gratuitements aux visiteurs), rien n'a encore été fait pour signaler cette église sur les routes - et le "Guide d'Acceuil 2008" du "Massif Cantalien" ne la mensionne même pas! Par contre, on cite toujours le "prieuré de Bredons", dont la retable majeur, réalisé par la même équipe que celui d'Apchon, a été pillé plusieurs fois; et son intérêt artistique et symbolique est bien moindre que celui du retable majeur d'Apchon, entièrement sculté en bois de chêne, peint et doré, et dont le thème, beaucoup plus précis - celui de repentir et du pardon - peut encore nous interpeller: au XXIème siècle, où on évoque sans cesse la nécessaire "rependance" (équivalent moderne de "repentir" et "pénitence") face aux crimes commis durant le siècle précédent... Nous ne pouvons nous empêcher d'en rapprocher les scènes de barbarie liées à la Passion du Christ, ce Juste crucifié par des soldats romains! D'ailleurs, avez-vous remarqué que le tableau de "Jésus tombant sous le poids de la Croix", à droite du tabernacle, nous montre des personnages vêtus selon la mode du XVIIème siècle? Le costume du soldat qui va l'emmener sur la colline du Calvaire n'est plus celui d'un Romain, mais d'un soldat comptemporain du retable: les prétres de cette époque devaient commenter ces détails pour inviter leurs fidèles à méditer sur les monstruosités de l'histoire humaine, qui se reproduisent de siècle en siècle - jusqu'au XXIème siècle...

[...]


¹ Originaire d'Apchon par ma grand-mère maternelle, je connais cette église depuis mon enfance. Mais je n'ai regardé de près des trésors, encore méconnus, qu'après avoir quitté le lycée d'Ile-de-France où j'ai enseigné les Lettres Classiques pendant des années...

De Janine EON, Apchon le 25 Août 2008